Un "Pupille de la Nation" s’est éteint…… abandonné du pouvoir!
Notre frère Karl, cet inconnu !
Il m’appartient de parler de toi, moi le frère qui t’a certainement le moins connu. Je rassemble donc mes maigres souvenirs volés à nos bribes d’histoire commune.
Nos vies se sont écoulées dans la méconnaissance réciproque des uns vis à vis de toi et de toi vis à vie des autres, du moins dans ta fratrie.
La cause….. La destinée qui fit de toi, à 7 ans, et de moi, à moins 3 mois en fils posthume, des "Pupilles de la Nation" parce que notre père décéda le 22 Août 1944, dans les combats du maquis à Sermesse en Saône et Loire, au cours d’une opération de harcèlement des troupes allemandes. Il eut droit à la mention de "Mort pour la France".
Le destin, déjà, s’acharnait sur nous.
Deux jours après, la Saône et Loire était libérée……!
La fratrie des 5 enfants éclata peu après ma naissance…. en Décembre 1944 et migra de la Saône et Loire vers le Nord, berceau natal de nos parents, qui chez un oncle, qui chez une tante, qui interne au collège….. qui à l’orphelinat…..
Personnellement, toi et moi, n’avons vécu que 3 ans de "communauté", à l’orphelinat de St Amand les eaux, dans le Nord. Souvenirs confus d’un enfant de 4 ans débarqué d’on ne sait où, mes souvenirs se perdent…. qui se trouvait sous la protection de ses deux aînés en âge, toi et Johnny.
Un souvenir remonte à la surface de cette période sombre, ta révolte de ce qu’on voulait te faire ingurgiter une soupe insipide, tu envoyas valser ton assiette et tu pris la poudre d’escampette, marquant par cette fugue ton caractère indomptable face à tout autoritarisme malsain et déplacé…. Je t’en admirais….. secrètement!
A 14 ans (limite d’âge de gardiennage à l’orphelinat), tu me quittais pour retourner vivre chez notre mère, où tu fus employé à ramasser les pommes de terre, puis tu travaillas dans le bâtiment….
A 18 ans, tu t’engageas dans l’infanterie, volontaire pour l’Algérie, quoique tu fusses "Pupilles de la Nation". De là tu bifurquas vers la Légion Etrangère, épousant ainsi une famille plus élargie que celle de tes origines, nouvelle famille, qui elle était soudée et solidaire.
Dans des lettres tu relatais tes soirées au bivouac dans le djebel, après les opérations, où certains de tes compagnons avaient trouvé la mort. Tu n’avais pas ton pareil pour éviter que la tristesse n’envahisse tous tes compagnons. Tu improvisais un "gueuleton" avec rien, créant avec les éléments sous la main, un repas digne d’un réveillon, digne des héros morts à tes côtés en opération, offert à la santé et au souvenir des "absents".
Toujours volontaire pour rendre service, tu n’hésitais pas à remplacer, au pied levé des copains, pour permettre d’alléger leur tâche et ce sans rechigner.
La Légion Etrangère t’a façonné, t’inculquant certaines valeurs de base qui te séduisaient, fortement ancrées et utiles dans la vie, dans ta vie.
1) Esprit de discipline (il fallait le faire vis à vis de celui qui fut toujours un "révolté" et pour cause, eu égard à ses origines de vie, père "Mort pour la France", orphelinat,……)
2) Respect de la parole donnée, quelques soient les circonstances
3) Esprit de solidarité (Légionnaire un jour, légionnaire toujours) y compris hors de la sphère de la Légion
4) Esprit de créativité et d’inventivité de la débrouillardise
5) Don de soi et de ses possibilités
Cet esprit de générosité t’a toujours mené, jusqu’à la fin de ta vie.
Certes tu étais braque, "explosif", mais cela allait avec ton caractère entier et on te pardonnait facilement tes écarts. Tes inimitiés étaient tenaces, surtout envers ceux qui exploitaient autrui.
On t’appelait "le cœur sur la main", et certains ont pu exploiter cette qualité, à leur seul profit, mais gare à eux lorsque Karl le découvrait…..
Ton inventivité, ta "débrouillardise" t’ont amené à faire 36 métiers (propriétaire de boucheries, de restaurant – lesquels devenaient de suite PC de la Légion et certains parisiens et autres se souviennent de "moules-képi-blanc"" que tu confectionnais pour eux et que tu offrais, gratuitement, lors de l’apéritif. Tu réussis même à y créer une amicale marrainée par La Maréchale Nicole de Hauteclocq, veuve du Maréchal Leclerc). Tu fus curieux de tout, ayant une mémoire instinctive des nouveautés. Libre comme l’air tu étais. Ta famille originelle avait d’épisodiques nouvelles de divers horizons, jamais les mêmes.
Baroudeur, tu avais été façonné par ton engagement dans la Légion, et tu restas baroudeur, jusqu’au bout. Ta vraie seule richesse fut la Légion et ce que tu y apportas et ce que tu en récupéras. Le reste de ta vie tournait tout autour, comme satellite de cette grande famille légionnaire.
Au soir de ta vie, qui s’est achevée, c’est maintenant toi qui crie "à moi, la Légion"! Souhaitant au delà des mots t’associer au "Camerone légendaire" de tous ceux qui ont servi sous cet auspice et qui forgea la légende de ta famille d’adoption qui fut tout pour toi et qui reste le symbole absolu du ralliement de tout Légionnaire.
Tous ceux qui t’ont côtoyé, peu de temps ou plus longtemps, gardent le souvenir de quelqu’un de généreux, jusqu’à l’excès …..
Le destin, encore une fois frappe à notre porte pour emmener, en moins de 4 ans le 3éme "chef de famille" symbolique, rôle que tu ne tins que pendant 8 mois, passant le flambeau à Johnny…..
Moi (le dernier frère de la fratrie de 5, dont tu étais le 3éme) je ne peux plus avoir que les regrets des méconnaissances réciproques, à jamais révolues…. et figées dans le temps. Nous avions pu, par chance retrouver le contact en 2010, après quelques 17 ans de "disparitions", peu avant l’inauguration de la plaque à notre père sur le monument aux morts de St Bonnet en Bresse (71), après 65 ans d’absence d’un tel hommage!
Timidement le contact ténu se consolidait…. au cours de visites que je te fis… et de communications téléphoniques échangées. Hélas le temps nous a pris de vitesse
Le temps nous a manqué pour nous retrouver complètement, mais au moins avons nous essayé.
Pars en Paix Karl, le poids de l’absence, compagne silencieuse de toute une vie, pour moi, sera mon viatique pour le reste du chemin à faire, mais tu te garderas une place privilégiée en mon cœur.
A tes enfants et parentèles, ainsi qu’à ceux qui t’aimaient véritablement je joins mes prières pour qu’enfin tu goûtes à la paix et à la sérénité.
Je ne te dis pas adieu Karl, mais tout simplement au revoir!
toutes mes condoléances a la famille de Karl a ses amis pupilles a ceux de l orphelinat paix pour son âme
merci de votre attention.
KEG